Hystérosalpingographie : est-ce que ça fait mal ?
C'est l'examen du bilan de fertilité que j'ai le plus appréhendé. Pas à cause de l'examen lui-même : à cause de tout ce que j'avais entendu avant d'y aller. Voilà ce qui se passe vraiment, ce que ça fait, et pourquoi la réponse à cette question n'est pas la même pour toutes.
C'est quoi, une hystérosalpingographie ?
L'hystérosalpingographie est une radiographie de l'utérus et des trompes. On introduit par le vagin un produit de contraste, opaque aux rayons X, dans la cavité utérine, et on prend plusieurs clichés pendant qu'il progresse. Le but : vérifier que tes trompes sont perméables, c'est-à-dire ouvertes.
C'est comme ça que je l'expliquais moi-même, avant de savoir que j'écrirais un jour un article dessus : elle permet de savoir si les trompes sont bouchées, et pour ça on t'injecte un produit de contraste.
L'Assurance maladie le formule ainsi : l'examen « met en évidence des anomalies de l'utérus (fibrome, polypes, utérus cloisonné...), ou une obstruction des trompes utérines, empêchant la migration de l'ovule dans l'utérus ».
La recommandation de la Haute Autorité de santé place l'exploration des trompes en première intention, chez toutes les femmes qui font un bilan d'infertilité. En couple avec un homme, en couple avec une femme, ou seule : cet examen te concerne de la même façon. Il sert notamment à lever un doute après une infection sexuellement transmissible ou une grossesse extra-utérine.
Pourquoi l'échographie ne suffit pas
C'est la question que je me suis posée en recevant l'ordonnance : pourquoi un examen de plus, alors qu'on venait déjà de me faire une échographie ?
Parce que les deux ne regardent pas la même chose. La Société française de radiologie l'écrit dans sa fiche d'information aux patientes (fiche UG 4) : l'hystérographie « apporte des renseignements utiles en complément de l'échographie qui étudie mal la cavité utérine et les trompes ». L'échographie voit très bien tes ovaires et ton utérus. Elle ne voit pas si le passage est libre.
Quand elle se fait, et comment t'y préparer
En première partie de cycle, après les règles et avant l'ovulation. La recommandation le dit pour les deux techniques possibles, et la fiche de la Société française de radiologie précise : « Votre rendez-vous sera fixé dans les 12 premiers jours du cycle : après les règles et avant l'ovulation. »
Ce n'est pas une contrainte administrative. C'est la fenêtre où l'on est certain que tu n'es pas enceinte, et où l'utérus se prête le mieux à l'examen. Les deux contre-indications sont la grossesse et une infection génitale en cours.
Selon tes antécédents, on peut te prescrire un traitement antibiotique préventif de quelques jours, ou une prémédication. C'est décidé au cas par cas, et personne d'autre que l'équipe qui te reçoit ne peut le décider.
Le jour J, on te demande d'apporter l'ordonnance ou le courrier de ta ou ton médecin, tes résultats d'analyses de sang, les examens d'imagerie que tu as déjà, et la liste écrite des médicaments que tu prends.
Et une chose qu'on oublie souvent de dire, alors que le produit injecté est iodé : si tu es allergique à un médicament, à l'iode, ou si tu es asthmatique, signale-le. La fiche remise aux patientes pose la question explicitement. Les manifestations d'allergie au produit iodé y sont décrites comme « très rares, car le produit n'est pas injecté par voie veineuse », mais c'est à l'équipe de le savoir, pas à toi de deviner.
À jeun ou pas ? Ça dépend du centre
Il n'y a pas de réponse unique, et c'est pour ça que tu trouves tout et son contraire en ligne : les pratiques ne sont pas les mêmes d'un centre à l'autre. la fiche de la Société française de radiologie demande d'être à jeun depuis quatre heures, quand d'autres centres écrivent noir sur blanc qu'il n'y a « pas besoin d'être à jeun ».
Donc : ne cherche pas la bonne réponse sur internet, il n'y en a pas une seule. Suis la consigne que te donne le centre où tu vas. Et si tu n'en as pas reçu, appelle-les et pose la question. Ça prend deux minutes et ça t'enlève une inquiétude.
Comment ça se passe, étape par étape
Le déroulé est toujours le même, et le connaître à l'avance change beaucoup de choses.
- Tu t'installes sur une table gynécologique, allongée, en position gynécologique.
- L'examen commence par un examen gynécologique, précédé d'une toilette antiseptique.
- On met en place un spéculum, puis, après désinfection, un petit tube souple et stérile dans le col de l'utérus.
- Le produit de contraste est injecté lentement, et des clichés sont pris pendant qu'il avance dans l'utérus puis dans les trompes.
- Le ou la radiologue suit sa progression en direct sur l'écran pendant l'injection.
Compte une trentaine de minutes en tout. La partie active, elle, dure entre cinq et dix minutes, et il arrive qu'un dernier cliché soit pris quinze à vingt minutes après le retrait de la sonde. C'est ce qui explique qu'on te dise à la fois que c'est rapide et qu'il faut prévoir du temps.
Et si la pose de la sonde est difficile, l'examen prend simplement plus de temps. Ça n'annule rien.
Sur les rayons X, la fiche de la Société française de radiologie donne un ordre de grandeur qui rassure : un cliché simple correspond en moyenne à l'exposition naturelle subie lors d'un voyage de quatre heures en avion. Elle est même plus directe : « aucun risque n'a pu être démontré chez les patients compte tenu des faibles doses utilisées et des précautions prises pour limiter au strict minimum la zone examinée ».
Dans certains cas, en bilan d'infertilité, on peut proposer d'introduire un cathéter dans les trompes pour compléter l'examen. Ce geste-là ne se fait pas sans toi : il est décidé « avec votre accord », précise la fiche. Comme pour l'examen clinique du premier rendez-vous du bilan, tu n'as pas à subir quelque chose simplement parce que tu es déjà installée sur la table.
Est-ce que ça fait mal ?
C'est la question que tout le monde se pose, et c'est celle à laquelle on répond le plus mal, parce qu'on y répond par des anecdotes.
Oui, ça peut faire mal. Ce que l'on peut dire de précis, en revanche, c'est le déroulé de cette douleur. Une revue Cochrane qui a rassemblé dix-neuf essais et 1 272 femmes le décrit ainsi : la douleur est maximale au moment où le produit est injecté et dans les cinq minutes qui suivent, puis elle décroît rapidement entre cinq et dix minutes, si bien qu'à trente minutes, la plupart des femmes la qualifient de gêne.
Autrement dit : le pire, s'il y a un pire, est court. Ce n'est pas une douleur qui s'installe pour la journée.
À quoi elle ressemble ? À des crampes pelviennes, « identiques à celles des règles », transitoires. Et le moment le plus désagréable n'est pas toujours celui qu'on croit : pour beaucoup, c'est l'introduction de la sonde, « mais il ne dure que quelques instants ».
Il existe aussi, plus rarement, un malaise passager avec sueurs froides et parfois une très brève perte de connaissance. C'est signalé dans la fiche officielle, ça se gère sur place, et ce n'est pas un signe que quelque chose s'est mal passé.
Je ne te donnerai pas de pourcentage de femmes qui ont mal. J'en ai cherché un sérieux, et je n'en ai pas trouvé pour cet examen. Les seuls chiffres disponibles portent sur la version échographique, qui n'est pas la même chose. Je préfère te dire que ça varie énormément d'une femme à l'autre plutôt que t'annoncer un chiffre que je ne peux pas tenir.
Ce que ça m'a fait, à moi
J'appréhendais énormément. Pas parce qu'on m'avait expliqué quelque chose d'effrayant : parce que j'avais tellement entendu de choses. Tout le monde a peur de cet examen, tout le monde a une histoire à raconter dessus, et j'étais arrivée là-bas vraiment stressée.
Et honnêtement, ça s'est très bien passé. Je ne te dis pas que c'était agréable, pas du tout. Mais je n'en ai gardé aucun traumatisme, ni même un très mauvais moment. J'ai eu un peu mal, tout à fait supportable, et je suis pourtant relativement douillette.
Il y a une chose que je ne veux pas oublier de dire, parce qu'elle a compté plus que tout le reste : le monsieur de la radiologie sur qui je suis tombée était vraiment très gentil, et ça m'a mise encore plus à l'aise. Ce n'est pas un détail. Ça rejoint ce que j'ai fini par comprendre de tout ce parcours, et que je raconte dans mon parcours : la compétence médicale ne fait pas tout, la personne en face compte aussi.
Les centres de radiologie le disent d'ailleurs eux-mêmes : parmi ce qui aide, il y a « un cadre rassurant et des explications claires données par l'équipe médicale », et le fait de respirer pour relâcher les muscles au moment de l'injection.
Et si on te propose un médicament avant ?
Certains centres en prescrivent un, d'autres non, et les pratiques varient. Ce n'est pas à moi de te dire quoi prendre : je ne suis pas médecin et je ne le serai jamais.
Ce que tu peux faire, en revanche, c'est poser la question au moment où tu prends ton rendez-vous : est-ce que vous me prescrivez quelque chose à prendre avant ? Tu sauras à quoi t'attendre. Et savoir à quoi s'attendre, dans cet examen-là, c'est la moitié du travail.
Et après ?
On te laisse allongée un moment avant de te relever. Puis tu rentres chez toi, et tu reprends normalement tes activités.
Deux choses à prévoir, qui surprennent quand personne ne les a annoncées :
- Le produit s'écoule pendant un à deux jours. Prends une protection, tu ne veux pas découvrir ça dans la voiture.
- De faibles saignements sont possibles dans la journée qui suit. C'est prévu, c'est décrit dans la fiche officielle.
En revanche, si des saignements importants, des douleurs abdominales qui durent, de la fièvre ou des vomissements apparaissent ensuite, tu appelles. Ton médecin traitant, ou directement le centre de radiologie. C'est écrit dans la fiche remise aux patientes, et c'est la seule phrase de cet article que je te demande de retenir par cœur.
Les résultats, et ce qu'on en fait
Un premier commentaire peut t'être donné juste après l'examen, mais ce n'est qu'une première approche : les images doivent ensuite être analysées, et le compte-rendu écrit arrive quelques jours plus tard.
La fiche officielle ajoute une phrase d'honnêteté qu'on lit rarement : cet examen, « comme toute exploration radiologique, n'est pas sûr à 100 % ». Des choses peuvent lui échapper.
Et si l'examen montre une anomalie, la recommandation dit quoi faire, et c'est simple : on t'oriente vers un médecin spécialiste en médecine de la reproduction pour envisager la suite.
Je ne lis pas les images, et je ne t'aiderai pas à interpréter ton compte-rendu. Personne sur internet ne devrait le faire non plus. Ce que je peux faire, c'est t'aider à préparer les questions que tu veux poser à l'équipe qui, elle, sait les lire.
La version sans rayons : la HyFoSy
Il existe une autre façon de vérifier la perméabilité des trompes : une mousse injectée dans l'utérus et suivie à l'échographie. On l'appelle HyFoSy, pour hystéro-salpingo-sonographie-mousse. Pas de rayons X, pas de produit iodé.
Ce qui est important à savoir, c'est que la Haute Autorité de santé place les deux techniques exactement au même rang. Elle écrit que les examens de référence sont « soit l'hystérosalpingographie, soit l'hystéro-salpingo-sonographie-mousse (HyFoSy) », et que « le choix de la technique dépend de sa disponibilité et de la formation des professionnels autorisés à la réaliser ».
Côté fiabilité, une méta-analyse publiée en 2025, portant sur cinq études et 775 femmes, situe sa sensibilité à 0,87 et sa spécificité à 0,97 par rapport à l'examen de référence chirurgical. Ses auteurs notent aussi des douleurs rapportées plus faibles qu'avec la radiographie.
Alors pourquoi ne te la propose-t-on pas ? Souvent, simplement, parce qu'elle n'est pas disponible là où tu es. Si on te propose l'une ou l'autre, tu as le droit de demander pourquoi celle-là. Ce n'est pas remettre en cause l'équipe, c'est comprendre ce qu'on va te faire.
Est-ce qu'elle augmente les chances de tomber enceinte ?
Tu l'as peut-être entendu, dans un groupe ou en salle d'attente : l'examen « déboucherait » les trompes, et il y aurait une période bénie juste après.
Ça ne sort pas de nulle part. Un essai néerlandais publié en 2017 dans le New England Journal of Medicine, portant sur 1 119 femmes dans vingt-sept hôpitaux, a comparé deux produits de contraste : un produit huileux et un produit aqueux. Dans le groupe huileux, 39,7 % des femmes avaient une grossesse évolutive dans les six mois, contre 29,1 % dans l'autre groupe (Dreyer et coll., 2017). Ce résultat a depuis été contesté : ne le lis jamais sans la suite.
Et puis il y a la suite, qu'on ne raconte jamais. Un article publié en 2021 dans Human Reproduction a montré que le produit aqueux utilisé pour la comparaison était atypique, et que la démonstration ne permet donc pas de conclure aussi vite qu'on l'a fait. Ses auteurs demandent de nouveaux essais avant d'en tirer une règle.
Ce que ça veut dire pour toi, concrètement :
- Ce n'est ni une légende de forum ni une certitude. C'est une vraie étude, avec un vrai résultat, et un vrai débat derrière.
- Le produit utilisé n'est pas ton choix, c'est celui du centre et de la situation.
- Et surtout : ce n'est pas une raison de faire cet examen. La raison, c'est ton bilan.
Est-ce que c'est remboursé ?
Oui, dans le cadre d'un bilan d'infertilité. Les investigations nécessaires au diagnostic et au traitement de l'infertilité ouvrent droit à l'exonération du ticket modérateur.
Je ne te donne pas de montant, parce que je n'ai pas trouvé de tarif officiel que je puisse vérifier, et parce que les honoraires varient selon le centre. Demande à ton médecin comment ça se passe dans votre cas : c'est lui ou elle qui connaît la marche à suivre, et c'est une question parfaitement normale à poser.
Avant d'y aller
Si je devais résumer ce que j'aurais voulu qu'on me dise avant, ce serait ça : cet examen a une très mauvaise réputation, et cette réputation circule bien plus vite que l'information.
Je ne te promets pas que ce sera facile. Je ne peux pas : je ne suis pas dans ton corps, et certaines femmes ont réellement mal. Mais je peux te dire que j'y suis allée terrifiée par ce qu'on m'avait raconté, et que ce que j'ai vécu n'avait rien à voir.
Ne te fie pas toujours à ce que tout le monde dit. Ça peut être propre à chacun.
Tu as cet examen bientôt ?
Et s'il t'angoisse au point d'y penser la nuit, ça aussi mérite d'être posé quelque part. Un appel découverte gratuit de 15 minutes, en visio : tu me racontes où tu en es, je te dis comment je travaille. On peut aussi préparer ensemble les questions que tu veux poser.
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