Ce que j'ai compris en traversant la PMA
Mon parcours n'est pas un témoignage que j'expose. C'est la base de ce que je propose aujourd'hui. Voilà ce qui m'a menée, pas à pas, à devenir doula spécialisée en PMA.
Le premier RDV
Quand on est arrivés chez la gynéco, on pensait savoir d'où venait le problème.
Quand on est arrivés en consultation pour la première fois, on pensait évidemment que c'était moi le problème. On va pas se mentir, c'est ce qu'on pense par défaut : la femme. Surtout que j'ai un syndrome des ovaires polykystiques. Donc on s'attendait à ce que ça vienne de là.
Pas du tout.
Le médecin a quand même prescrit un spermogramme à mon compagnon. Par acquis de conscience. Pour écarter la piste. Personne dans le cabinet ne pensait sérieusement que ce serait lui. Personne dans notre entourage non plus.
Quand le résultat est tombé, on n'y croyait pas. On a refait le test. Même résultat. Zéro spermatozoïde.
L'infertilité masculine est encore traitée comme une exception. Statistiquement, ce n'en est pas une.L'annonce
Le silence après un diagnostic d'infertilité masculine, on l'oublie pas.
Quand le diagnostic est posé, il y a un silence dans le cabinet. Une seconde, peut-être deux. Le médecin reprend, explique. Et toi, t'entends mais t'écoutes pas vraiment. Ton cerveau essaie de digérer ce qui vient d'être dit.
Ce que je n'avais pas anticipé, c'est ce qui se passe après la consultation. Quand tu sors dans la rue et que personne ne sait quoi se dire. Rationnellement, on savait que ce n'était la faute de personne. Émotionnellement, on était deux dans la voiture et on ne pouvait pas se regarder pareil pendant quelques jours.
On a quand même tenté la biopsie testiculaire. Il y avait très peu de chances, mais on s'est dit qu'on essaierait. On voulait au moins savoir qu'on n'avait pas laissé une porte fermée sans toquer.
Le résultat a été négatif. Aucun spermatozoïde trouvé. Mais étonnamment, on a moins encaissé ce résultat-là que celui du spermogramme. Parce qu'entre temps, on avait fait le travail. Pas en couple assis face à face avec un cahier, hein. Le travail s'est fait dans la voiture, en faisant la vaisselle, en se couchant le soir. Par petites couches.
Et quand la confirmation est arrivée, on s'est dit : « Bon. Au moins, on sait. On va pouvoir avancer. »
C'est là qu'on a commencé à parler du don de sperme.
Le départ
On a choisi l'Espagne. Et on a vécu deux fois la même chose, mais pas pareil.
En France, le don de sperme est gratuit et pris en charge par la Sécurité sociale. Sur le papier, c'est génial. Dans la réalité, on a fait le choix d'aller en Espagne. Pour plusieurs raisons : les délais plus courts, des préférences physiques possibles, et l'anonymat du donneur (qui correspondait à notre projet familial).
J'avais la chance financière de pouvoir le faire. Je le précise parce que c'est un choix qui n'est pas accessible à tout le monde.
On est partis pour la première fois à Valence. C'était l'inconnu. J'étais tendue, stressée. Je suis fumeuse, et j'avais arrêté la cigarette d'un coup. J'étais à bout. La première insémination s'est révélée négative.
On a fait une pause cet été-là. Je sentais que je devenais aigrie, que tout ça m'impactait trop. Quand on est revenus pour la deuxième, à l'automne, je n'étais plus la même. On en a fait un week-end. On a marché. On a profité de la ville. Je me suis même autorisée une cigarette par jour. Le protocole médical n'avait pas changé. Moi oui.
On ne vit pas un protocole seulement avec son corps. On le vit avec tout ce qu'on est, à ce moment-là.Le grand basculement
Je suis tombée enceinte. On pensait que le plus dur était derrière. On avait tort.
Quand le test est devenu positif, on a eu deux secondes de bonheur pur. Puis très vite, l'angoisse a repris. En PMA, le bonheur est rarement linéaire. On apprend à attendre la suite avant de respirer.
La grossesse s'est passée correctement les premiers mois. J'allais à mes rendez-vous, je faisais mes prises de sang, je guettais chaque mouvement, chaque nausée comme une preuve.
Et puis, vers la fin du sixième mois, mon corps a commencé à changer d'une manière qui ne ressemblait pas à une grossesse normale. Mon visage gonflait. Mes membres aussi. Je prenais du poids rapidement. Ma gynéco me disait : « Mais qu'est-ce que vous mangez pour prendre autant ? » Moi je répondais que je mangeais comme d'habitude. Elle a vu le poids. Elle n'a pas vu la pré-éclampsie.
C'est ma famille qui s'est inquiétée la première : « Mais comment vous ne voyez pas ? »
À six mois et demi, je suis arrivée aux urgences. Diagnostic : pré-éclampsie. Pas le temps. Ma fille est née ce soir-là, par césarienne, à 30 semaines d'aménorrhée. Prématurée.
Ce qui s'est passé après en néonat appartient à mon intime, je ne le raconte pas ici en détail. Mais ce que je peux dire, c'est qu'on est entrés dans un autre monde. Un monde où on apprend à vivre avec une couveuse, des machines, des médecins qu'on attend chaque matin pour qu'ils nous donnent un chiffre. Un monde où chaque jour est une bataille minuscule.
Ma fille est rentrée à la maison après plusieurs semaines. Aujourd'hui, elle va bien. Mais je ne l'ai pas oublié.
Je ne suis pas devenue maman le jour où elle est née. Je suis devenue maman dans les mois qui ont suivi, à mesure que j'apprenais à respirer à nouveau.Pourquoi je fais ce métier
Quand je suis ressortie de tout ça, j'ai eu envie d'en parler. Pas en mode témoignage public, plutôt comme on parle entre femmes qui ont traversé des choses. J'ai commencé sur les réseaux. Quelques vidéos, quelques posts.
Très vite, j'ai eu des messages de femmes qui m'écrivaient pour me dire qu'elles n'avaient personne à qui parler. Que leur gynéco n'avait pas le temps. Que leur psy ne comprenait pas vraiment la PMA. Que leur entourage essayait, mais tombait à côté.
Et là, je me suis dit que ce que j'avais à offrir n'était pas l'expertise médicale. C'était la connaissance par l'intérieur. Le fait de savoir où ça fait mal, où ça déborde, où ça s'agite.
J'ai donc décidé de me former. Je suis aujourd'hui en formation à l'École internationale d'accompagnement Cybèle, en cursus doula périnatale avec une orientation sur l'accompagnement PMA. Une école sérieuse, structurée, qui forme depuis des années sur le périnatal au sens large, et qui m'apporte le cadre que mon vécu seul ne suffit pas à donner.
Je propose des séances d'une heure, en visio, à 70 € la séance. Aucun engagement. Le premier appel découverte de 15 minutes est gratuit, pour qu'on se voie et qu'on sente si je suis la bonne personne pour ce que tu traverses. Si je ne suis pas la bonne, je te le dis. Si tu sens que je ne suis pas la bonne, tu me le dis. C'est aussi simple que ça.
Ce que je propose aujourd'hui, ce n'est pas mon histoire. C'est ce que j'ai compris en la traversant.