Bilan de fertilité : ce qui se passe au premier rendez-vous
On parle de bilan de fertilité quand une grossesse ne vient pas après douze mois d'essais. Six mois si la femme a plus de 35 ans, ou si l'homme a plus de 45. Voilà ce qui se passe à ce premier rendez-vous, examen par examen, et ce que personne ne prend le temps de t'expliquer avant d'y aller.
Quand consulter, et chez qui
On explore une situation d'infertilité après douze mois de rapports non protégés sans grossesse, quel que soit l'âge. Ce délai passe à six mois quand la femme a plus de 35 ans, ou quand l'homme a plus de 45 ans. Et à tout âge, dès six mois, s'il existe déjà une maladie ou un facteur de risque connu chez l'un des deux. C'est ce que dit la recommandation de la Haute Autorité de santé publiée en juillet 2026.
Ce « 45 ans de l'homme », personne ne le dit. On entend partout les 35 ans de la femme, comme si l'horloge n'était que la sienne. Elle ne l'est pas.
En France, environ un couple sur huit consulte pour des difficultés à concevoir. Tu n'es pas un cas rare.
Chez qui prendre ce premier rendez-vous
Ton médecin traitant, ou la ou le gynécologue qui te suit déjà. C'est lui ou elle qui lance le bilan et qui l'organise, avant d'orienter si besoin vers un centre spécialisé.
Et une chose qu'on ignore presque toujours : une sage-femme peut initier ce bilan. La HAS l'écrit noir sur blanc. Le bilan est ensuite conduit par un médecin, mais la porte d'entrée peut être une sage-femme. Dans une région où les délais chez le gynécologue s'allongent, ça change tout.
Ces délais sont des repères pour se mettre en route, pas un test à réussir. Si quelque chose t'inquiète avant, tu as le droit d'en parler avant.
Ce qu'on te demande au premier rendez-vous
La consultation concerne les deux membres du couple, et elle est longue. Idéalement, vous êtes reçus ensemble, puis chacun séparément. Ce n'est pas une formalité administrative : c'est le principe même du bilan, parce que la fertilité d'un couple dépend des deux.
La HAS donne la raison, et elle est plus humaine qu'on ne s'y attend. Il s'agit de « s'assurer qu'aucune personne ne porte seule le fardeau ou la responsabilité des difficultés de conception ». Voilà pourquoi on vous reçoit à deux, même quand une cause paraît déjà évidente chez l'un des deux.
Et si tu es seule, ou en couple avec une femme ?
Tu es concernée aussi. Depuis la loi de bioéthique de 2021, toutes les femmes peuvent avoir recours à une AMP avec don : en couple avec un homme, en couple avec une femme, ou seule. Ce que tu liras plus bas sur les examens côté femme te concerne. La partie sur le spermogramme, non.
Et tu n'es pas une exception. 47 % des personnes qui attendent un don de sperme en France sont des femmes seules, et 38,8 % sont des couples de femmes, d'après l'Agence de la biomédecine. Vous êtes la majorité.
L'interrogatoire, et pourquoi il va aussi loin
On va te demander ton âge, depuis combien de temps vous essayez, quelle contraception tu prenais avant, si l'un de vous a déjà eu une grossesse, quels examens ont déjà été faits.
Puis des choses plus intimes : la fréquence des rapports, à quel moment du cycle, si quelque chose est difficile de ce côté-là. Le tabac, l'alcool, le sommeil, ton travail et tes expositions. Et enfin, comment vous vivez tout ça : la HAS demande une « évaluation systématique du retentissement émotionnel et relationnel ».
Ces questions ne sont pas de la curiosité. Elles servent à orienter les examens, et donc à éviter ceux qui ne serviraient à rien.
L'examen clinique
Pour toi comme pour lui : taille, poids, tension. Puis un examen gynécologique de ton côté, un examen uro-génital du sien, s'il y a un bénéfice à les faire et qu'aucun examen récent n'existe déjà.
Et un point qui mérite d'être connu : on doit te demander ton accord à chaque étape de l'examen. C'est écrit dans la recommandation, pour elle comme pour lui. Tu n'as pas à subir un examen parce que tu es sur la table.
Le principe général du bilan, c'est de commencer par les examens les plus simples, et de n'aller plus loin que si c'est nécessaire.
Les examens côté femme
Ce sont des prises de sang et une échographie. Ce qui surprend, c'est qu'elles se font à des jours précis du cycle. Tu ne peux pas tout faire le même matin.
- Entre J2 et J4 (J1 étant le premier jour des règles) : œstradiol, LH, FSH, TSH.
- En deuxième partie de cycle, vers J22-J23 : la progestérone, pour savoir si tu ovules. Si ce premier dosage ne le montre pas, on le refait une semaine plus tard, justement pour ne pas conclure trop vite.
- Une échographie pelvienne, par voie vaginale, vessie vide. Elle est indolore et sans risque particulier. Elle regarde l'utérus, les ovaires, et mesure la réserve ovarienne. Si elle est normale, aucun autre examen d'imagerie de l'utérus n'est nécessaire à ce stade.
- Un examen des trompes, pour vérifier qu'elles sont perméables. L'hystérosalpingographie est une radiographie de l'utérus et des trompes, qui permet de vérifier que celles-ci sont bien ouvertes. Il existe aussi une version avec une mousse et des ultrasons. Il se fait en première partie de cycle, après les règles.
L'hystérosalpingographie : est-ce que ça fait mal ?
C'est la question que tout le monde se pose sur cet examen, et moi la première : je l'appréhendais beaucoup. Chez moi, ça s'est très bien passé, et je suis pourtant relativement douillette.
J'ai écrit un article entier dessus, parce que c'est l'examen du bilan qui angoisse le plus : ce qui se passe vraiment, ce que ça fait, et ce qui se passe après.
L'AMH, c'est l'hormone anti-müllérienne, dosée par une prise de sang. Elle n'est pas systématique. On la demande quand une PMA se profile, pas d'office au premier bilan. Si on te la propose, tu as le droit de demander pourquoi maintenant.
Une précision utile, parce que le nom traîne encore partout : le test post-coïtal, aussi appelé test de Hühner, n'est plus recommandé dans l'évaluation initiale. Trop contraignant, et il ne prédit pas grand-chose.
Les examens côté homme
Un seul examen, pour commencer : le spermogramme. Il vient avant tout autre examen biologique, et il est systématique dans le bilan de départ. Le recueil se fait au laboratoire, après deux à sept jours d'abstinence, et sans épisode de fièvre dans les trois mois précédents. Les résultats se lisent avec les normes de l'OMS révisées en 2021.
Et voilà ce que presque personne ne sait : si tous les paramètres sont normaux, un seul spermogramme suffit. Faire le deuxième « pour être sûr » n'apporte rien de démontré. L'idée qu'on en fait toujours deux est une idée reçue.
Si en revanche quelque chose ressort, là oui : un second spermogramme est demandé, en général deux à trois mois plus tard, et l'homme est orienté vers un urologue ou un spécialiste. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'on ajoute un bilan hormonal ou une échographie, pas avant.
Je ne détaille pas plus ici, parce que j'ai écrit un article entier dessus : comment se passe l'examen, comment se lisent les résultats, et ce que ça fait d'attendre les chiffres.
Pourquoi ça prend autant de temps
C'est la question que personne ne pose au premier rendez-vous, et c'est celle qui pèse le plus ensuite.
Les examens sont accrochés au cycle. Une prise de sang entre J2 et J4, une autre vers J22, l'examen des trompes juste après les règles. Rien que pour le bilan de base, il faut donc au moins un cycle complet, souvent deux. Ce n'est pas de la lenteur administrative, c'est de la biologie.
À cela s'ajoute que le bilan est le plus souvent réalisé par deux praticiens, un pour chacun, et qu'il faut ensuite rassembler les résultats. Et si un second spermogramme est nécessaire, il arrive deux à trois mois après le premier.
Les délais pour obtenir les rendez-vous, eux, varient énormément d'une région à l'autre. Je ne te donnerai pas de chiffre : il n'en existe pas d'officiel, et je ne veux pas te faire une promesse que personne ne tient.
Ce que ça fait de s'entendre dire qu'on va « explorer »
Je me souviens très bien de mon premier rendez-vous. Ma gynéco m'expliquait cinquante choses en même temps. Elle entourait sur le papier : là ce médicament, là cette prise de sang. Pour elle, c'était évident, elle faisait son travail. Moi, j'étais comme une petite fille à l'école qui n'ose pas lever la main. J'osais à peine poser une question.
Longtemps, j'ai cru que c'était moi. Que j'étais mauvaise élève.
Et puis j'ai lu la recommandation de la HAS, et j'y ai trouvé, écrit par des médecins, ce que je croyais être ma faiblesse. Elle demande aux professionnels de rester attentifs à « l'éventuelle redistribution de culpabilité et/ou de responsabilité chez les partenaires », au « sentiment de vivre au rythme médical », et à « la réduction de la fonction sexuelle à sa stricte fonction procréative ».
Ce que tu ressens dans ce couloir n'est pas un défaut de caractère. C'est écrit dans le texte de référence français.
La suite de mon histoire, je la raconte ailleurs : ce que j'ai compris en traversant la PMA.
Les questions à poser avant de repartir
La HAS précise qu'on doit t'expliquer les objectifs de la démarche, ses étapes, leur utilité et leur degré d'urgence. Autrement dit : tu as le droit de demander, et on a le devoir de te répondre.
Voilà celles qui évitent de ressortir en te disant que tu as encore oublié :
- Qui coordonne notre bilan, concrètement ?
- Quels examens pour moi, lesquels pour lui, et dans quel ordre ?
- À quel jour de mon cycle chacun doit-il être fait ?
- Dans combien de temps aurons-nous une vue d'ensemble ?
- Quand est-ce qu'on se revoit, tous les deux ?
- Comment ça se passe pour la prise en charge ?
Sur ce dernier point : les investigations nécessaires au diagnostic et au traitement de l'infertilité ouvrent droit à l'exonération du ticket modérateur. Demande à ton médecin comment ça se fait dans votre cas, c'est lui qui connaît la marche à suivre.
Et une dernière chose, qui figure elle aussi dans la recommandation : tu peux demander à être accompagnée par un psychologue, et à être mise en lien avec une association. Ce n'est pas un aveu de faiblesse, c'est une option prévue par le texte.
Moi, je ne suis dans aucune de ces deux cases. Je ne suis pas psychologue, et je ne remplace ni ta gynéco ni ta sage-femme. Une doula ne vient pas au rendez-vous médical avec toi, et moi je travaille à distance, en visio. Ce que je fais se passe avant et après : t'aider à préparer les questions que tu veux leur poser, et à mettre des mots sur ce que ce rendez-vous a déclenché. Je suis là en plus, jamais à la place.
Un bilan de fertilité explore des corps. Il n'explique à personne comment traverser ce qu'il déclenche.
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