Marie Morio
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Guide · Le don d'ovocytes

Don d'ovocytes en Espagne : prix, délais, remboursement

Je n'ai pas fait de don d'ovocytes : mon don à moi, c'était un don de sperme, dans une clinique de Valence. Mais l'Espagne, les prix, l'anonymat, les billets pris au dernier moment, je connais. Voilà donc ce que coûte vraiment un don d'ovocytes en Espagne, combien de temps on attend ici et là-bas, ce que la Sécu prend en charge, et les questions qui restent une fois les chiffres réglés.

Combien de temps on attend, en France et en Espagne ?

C'est souvent par là que tout commence. On apprend qu'il faudra un don d'ovocytes (on dit aussi don d'ovules), on se renseigne, et on tombe sur le délai français.

En France, l'attente moyenne pour un don d'ovocytes était de 22 mois en 2025, entre le premier rendez-vous et la première tentative, selon l'Agence de la biomédecine. C'est un peu mieux qu'en 2024 (24 mois). Fin 2025, plus de 2 700 personnes attendaient. Et l'Agence précise elle-même que le nombre de personnes en attente pourrait être surestimé, parce qu'une même personne peut s'inscrire dans plusieurs centres.

L'Agence donne aussi une fourchette, qui ne mesure pas tout à fait la même chose : entre 12 et 30 mois entre le début de la procédure et l'attribution des ovocytes.

Pourquoi c'est si long ? Parce qu'il n'y a pas assez de donneuses. 1 050 femmes se sont portées candidates au don en 2025, et c'est la première fois que ça dépasse 1 000 (chiffre encore provisoire). Les ovocytes sont attribués dans l'ordre d'inscription. Et si tu demandes une donneuse qui te ressemble physiquement, ce qu'on appelle l'appariement, l'attente peut s'allonger encore, surtout quand les donneuses de ton origine sont rares.

Et en Espagne, combien de temps ?

En Espagne, les cliniques annoncent très peu d'attente pour trouver une donneuse, parfois aucune. Je te le dis tel quel : c'est ce qu'elles écrivent, et personne ne le vérifie.

Le délai dépend surtout de ton apparence physique. Une femme racontait cette année sur un forum qu'on lui avait annoncé quatre mois pour trouver une donneuse aux yeux bleus et aux cheveux châtain clair, et que la clinique l'avait rappelée trois semaines et demie plus tard. Ce n'est qu'un témoignage, mais il montre bien que tout dépend de ton profil.

Combien coûte un don d'ovocytes en Espagne ?

Pour une FIV avec don d'ovocytes, les quatre cliniques espagnoles de mon relevé qui publient leurs tarifs affichent entre 5 945 et 7 230 €, en prix « à partir de ». C'est le prix du traitement en clinique. Ce n'est pas ce que tu dépenseras au total.

Sur les huit cliniques espagnoles dont j'ai lu les sites le 20 octobre 2026, quatre publient un prix : Eugin, Dexeus, l'Institut Marquès et IVI. Les quatre autres répondent sur devis. Je ne touche aucune commission et je ne te recommande aucune clinique : c'est un relevé, pas un classement.

Ce que ces prix ne comprennent pas. Trois de ces quatre grilles excluent explicitement les médicaments pour préparer l'endomètre, la muqueuse de l'utérus, et la quatrième n'en dit rien ; aucune ne dit combien ils coûtent. Selon les cliniques, ne sont pas compris non plus : les examens du dossier médical, la congélation des embryons restants (790 € chez l'une d'elles), leur conservation chaque année, et leur transfert plus tard. Et le voyage, qu'aucune de ces grilles ne compte. Pour mon don à moi, il y avait les billets d'avion, l'hôtel, les déplacements, et des dates qui tombaient au dernier moment. Pour un don d'ovocytes, IVI décrit deux voyages dans son parcours type. Ça change d'une clinique à l'autre : demande-le.

Une question à poser, aussi : certaines grilles changent selon la langue du site. Chez l'une des quatre, la version espagnole affiche 500 € de moins que la version française, pour chaque formule.

Les formules « bébé ou remboursement » : ce qu'elles garantissent vraiment

Certaines cliniques vendent des formules plus chères, avec une garantie. Lis bien ce qui est garanti, parce que ce n'est pas toujours un bébé : selon les formules, c'est un bébé ou le remboursement du prix, ou seulement un nombre d'embryons, par exemple trois embryons au stade blastocyste (vers le cinquième jour). Demande les conditions par écrit avant de signer : l'âge, le nombre de tentatives, la durée, ce qui est remboursé, et ce qui se passe si tu arrêtes en cours de route.

Et les taux de réussite affichés ?

Tu verras des taux très élevés sur les sites des cliniques, souvent sans dire ce qu'ils mesurent. L'Agence de la biomédecine prévient que les chances annoncées par certains centres étrangers « ne reflètent pas toujours la réalité ». Le seul chiffre qui ne vient pas d'une clinique, c'est le registre de la Société espagnole de fertilité : en 2023, environ 40 % des transferts faits pendant le cycle, avec des ovocytes de donneuse, ont abouti à un accouchement (sans compter les transferts d'embryons congelés plus tard). C'est un taux par transfert, pas par tentative : ce n'est pas le même calcul.

Qui peut faire un don d'ovocytes en Espagne ?

En Espagne, toute femme majeure peut recevoir un don d'ovocytes, quels que soient son état civil et son orientation sexuelle : seule, en couple avec un homme ou en couple avec une femme. C'est l'article 6 de la loi espagnole de 2006 sur la PMA.

La loi espagnole ne fixe aucun âge maximum. Elle demande seulement qu'on t'informe des risques d'une grossesse à un âge « cliniquement inadapté ». En pratique, les cliniques s'arrêtent autour de 49 ou 50 ans, et la Société espagnole de fertilité parle d'un consensus pour rester sous 50 ans. En France, c'est jusqu'à la veille de tes 45 ans.

Ce qui change entre la France et l'Espagne

Le délai et le prix, tout le monde en parle. Mais il y a d'autres différences, et certaines comptent pour longtemps.

En France En Espagne
Ce que tu paies Le don est gratuit. Les actes de PMA sont pris en charge par la Sécu, dans la limite de quatre FIV. Le traitement est payant : autour de 6 000 à 7 000 € pour une formule de base selon les quatre grilles relevées, hors médicaments.
La donneuse Bénévole, de 18 à 37 ans inclus. Elle n'est pas rémunérée. Elle reçoit une compensation encadrée par la loi, dont aucun texte public ne fixe le montant. La loi dit plus de 18 ans ; un décret de 1996 fixe un maximum de 35 ans.
Qui choisit la donneuse L'équipe, dans l'ordre d'inscription. Tu peux demander un appariement physique, sans garantie de ressemblance. L'équipe de la clinique, qui cherche la plus grande ressemblance physique possible avec toi. Tu ne la choisis pas.
L'anonymat La donneuse et toi ne connaissez pas vos identités. Mais l'enfant pourra, à sa majorité, connaître celle de la donneuse (c'est le cas de tous les dons utilisés en France depuis le 31 mars 2025). Anonymat. L'enfant pourra obtenir des informations générales sur la donneuse, mais pas son identité, sauf, à titre exceptionnel, danger certain pour sa vie ou sa santé, ou procédure pénale.
Enfants par donneuse 10 au maximum 6 enfants nés en Espagne au maximum

Ni catalogue ni photos de donneuse, donc. De mon côté, à Valence, on nous avait demandé des photos de nous et un questionnaire très détaillé, et c'est la clinique qui a fait le reste. C'est le même principe pour les ovocytes.

L'anonymat, c'est la différence qui compte le plus sur le long terme, et c'est celle dont on parle le moins. En France, depuis le 31 mars 2025, seuls les ovocytes de donneuses qui ont accepté que l'enfant puisse un jour connaître leur identité peuvent être utilisés. En Espagne, la loi ne le permet pas. Je ne dis pas que l'un est mieux que l'autre. Mais c'est une question à te poser avant de partir, pas après.

Comment ça se passe, concrètement

Une fois la donneuse attribuée, le traitement dure environ un mois et demi à deux mois, selon IVI et l'Instituto Bernabeu. Avant ça, il y a le temps de trouver une donneuse, qui dépend de ton profil.

Je te décris le parcours tel que les cliniques le présentent sur leurs sites. Ce n'est pas un protocole : chaque équipe a le sien, et c'est elle qui décide.

  1. Un premier rendez-vous, puis ton dossier : tes examens, et un devis à ton nom.
  2. La clinique attribue une donneuse. Selon les cliniques, les ovocytes sont frais, ce qui peut demander de caler ton cycle sur le sien, ou vitrifiés, c'est-à-dire congelés à l'avance. En Espagne, en 2023, c'était à peu près moitié-moitié.
  3. Tu prépares ton endomètre avec un traitement d'une dizaine de jours selon IVI, que tu peux souvent suivre avec ton médecin en France.
  4. Les ovocytes sont fécondés avec le sperme de ton partenaire, ou celui d'un donneur.
  5. Tu vas à la clinique pour le transfert. Le plus souvent, d'un seul embryon : c'est le cas d'environ neuf transferts sur dix avec don d'ovocytes en Espagne en 2023, selon la Société espagnole de fertilité.
  6. Une prise de sang, entre 11 et 15 jours après, selon les cliniques.

Certaines cliniques vérifient aussi la compatibilité génétique entre la donneuse et le sperme utilisé. Certaines l'incluent dans leur tarif de base, d'autres la facturent en supplément. Demande si c'est prévu.

De mon côté, à Valence, la clinique nous avait proposé de comparer mon caryotype avec celui du donneur, avec une simple prise de sang, pour vérifier qu'il n'y avait pas d'anomalie chromosomique. Ce n'était pas obligatoire, c'était payant, et on l'a fait pour être plus sereins.

Les questions à poser à la clinique avant de signer

C'est la partie qui t'évite les mauvaises surprises. Avant de signer un devis, demande par écrit :

Et si tu as du mal à formuler tes questions, ou à les poser quand tu es face à quelqu'un, c'est ce qu'on peut préparer ensemble pendant une séance d'une heure, en visio, à 70 €.

Est-ce que la Sécu rembourse un don d'ovocytes en Espagne ?

En partie, oui, mais seulement si tu obtiens l'accord de l'Assurance maladie avant de partir. Une PMA faite à l'étranger est un soin « soumis à autorisation préalable » : sans accord, aucune prise en charge.

La Sécu donne son accord à trois conditions : que ce soin soit pris en charge en France, que tu ne puisses pas l'obtenir en France dans un délai acceptable sur le plan médical, et qu'il soit adapté à ta situation. Pour la limite d'âge, pose la question au CNSE : aucun texte ne la précise pour un don d'ovocytes.

  1. Ton gynécologue rédige un certificat médical détaillé, qui explique notamment pourquoi tu pars à l'étranger (le délai, par exemple). Ameli en fournit un modèle.
  2. Tu envoies ton dossier au Centre national des soins à l'étranger (CNSE), à Vannes : notamment le certificat, les comptes rendus de tes soins de PMA, le devis nominatif de la clinique en cours de validité, une lettre signée par toi, ou par vous deux, et, si du sperme congelé part de France, l'autorisation d'exportation de l'Agence de la biomédecine.
  3. Le CNSE répond sous 14 jours. Sans réponse dans ce délai, c'est un accord, mais seulement si ton dossier remplit les conditions.
  4. En cas d'accord, tu reçois le formulaire S2. Vérifie ses dates : sauf mention contraire, il vaut pour une tentative, une technique et une clinique précises.
  5. Au retour, tu demandes le remboursement avec le formulaire S3125, ton S2, tes factures détaillées, tes preuves de paiement et le compte rendu de la tentative.

Combien ? La base française pour une FIV avec don d'ovocytes et transfert est de 1 428,99 €, et le transport est pris en charge jusqu'à 300 € (page Ameli mise à jour le 27 février 2026). Ameli ne prévoit rien pour l'hébergement, la personne qui t'accompagne ou les médicaments achetés sur place. Pour un transfert d'embryons congelés plus tard, pose la question par écrit au CNSE avant de signer : aucun texte ne le précise.

Deux choses encore. Ces FIV comptent dans les quatre FIV prises en charge par la Sécu, même faites à l'étranger, selon une réponse d'expert sur le forum Ameli (octobre 2024). Et le reste à charge, tu peux le présenter à ta mutuelle : demande-lui une réponse écrite avant de partir. Je parle aussi de ces démarches dans mon article sur le don de sperme en Espagne.

Je n'ai trouvé aucun cas de patiente poursuivie en France pour un don d'ovocytes fait en Espagne, et l'Assurance maladie en rembourse même une partie. C'est une question qu'on se pose tout bas, alors je te réponds avec ce que disent les textes officiels.

L'Assurance maladie a un tarif prévu pour une FIV avec don d'ovocytes faite en Espagne. En 2016, le ministère de la Santé a écrit que « rien ne peut faire obstacle à un suivi médical pour une femme enceinte en France », quel que soit le mode de conception. Ta gynéco peut donc suivre ta grossesse ici.

La loi française punit le fait de servir d'intermédiaire pour obtenir des gamètes contre un paiement. C'est l'une des raisons pour lesquelles je ne te recommande aucune clinique, et pour lesquelles je ne touche aucune commission.

Qui sera la mère, aux yeux de la loi ?

Toi. En France, la mère est celle qui accouche et qui est désignée dans l'acte de naissance, d'où que vienne l'ovocyte (article 311-25 du Code civil).

Si vous êtes un couple de femmes, vous devez faire ensemble, chez un notaire et avant la conception, une reconnaissance conjointe anticipée, même si la PMA se fait en Espagne. C'est elle qui fera de celle qui n'accouche pas la mère de l'enfant. Sans elle, il ne reste que l'adoption. Si vous êtes un couple homme-femme, le consentement au don se donne devant un notaire pour une PMA faite en France ; pour une PMA faite à l'étranger, aucun texte que j'ai lu ne tranche clairement. Pose la question à un notaire avant de partir.

Renoncer au lien génétique

Une fois les chiffres réglés, il reste la question qu'aucun devis ne mentionne : cet enfant n'aura pas tes gènes.

Les questions qui viennent sont souvent les mêmes. Est-ce que je vais l'aimer pareil ? Est-ce qu'il va me ressembler ? Est-ce que je vais me sentir sa mère ? La psychologue Marion Canneaux a consacré un livre à ces questions, Devenir parents grâce à un don d'ovocytes (Érès, 2022). Et l'association PMAnonyme, qui réunit des personnes conçues par don, le dit simplement : avoir des craintes sur ce à quoi ressemblera l'enfant est « parfaitement normal ».

« Il aura quand même quelque chose de moi » : ce que dit vraiment la science

La grossesse ne transmet pas ton ADN au bébé : ses gènes viennent de l'ovocyte de la donneuse et du spermatozoïde. Mais tu n'es pas un simple réceptacle : pendant la grossesse, ton corps influence la façon dont ses gènes s'expriment.

Sur le site d'une grande clinique, on lit que la mère « peut modifier les données génétiques » de l'enfant qu'elle porte. Ça vient d'une vraie étude, publiée en 2015 par Vilella et ses collègues. Ils ont montré qu'une molécule produite par l'endomètre humain, la muqueuse de l'utérus, pouvait être captée par l'embryon et faire s'exprimer davantage certains de ses gènes, ceux qui l'aident à s'accrocher à l'utérus. Pour eux, l'endomètre de la mère agirait ainsi sur l'embryon avant même qu'il s'implante.

L'étude a été faite sur des embryons de souris, et ses auteurs restent prudents : ils écrivent que cette molécule « pourrait » modifier l'activité de ses gènes. La recherche continue. Mais elle va dans le même sens que ce qu'on sait de toute grossesse : ce n'est pas seulement ton ventre qui porte ce bébé, c'est tout ton corps qui participe à le construire.

Et pour la ressemblance, l'Agence de la biomédecine l'écrit sans détour : l'appariement ne garantit « aucunement » une ressemblance avec l'enfant.

Et le dire à l'enfant ?

PMAnonyme, une association qui défend l'accès aux origines, conseille de le dire tôt et de commencer avant 4 ans, en rappelant que c'est « un processus, pas un événement ponctuel ». La société américaine de médecine reproductive (2018) encourage aussi à le dire, tout en laissant le choix aux parents. Elle précise qu'aucune recherche ne fixe un âge idéal, et qu'on ne trouve pas de lien constant entre l'âge où on le dit et la façon dont l'enfant va ensuite.

Avec un don fait en Espagne, l'enfant pourra savoir comment il a été conçu, mais pas qui est la donneuse : c'est ce que tu auras à lui expliquer un jour.

Et si ce renoncement reste lourd, même une fois enceinte, même une fois mère, ça arrive aussi. On peut en parler ensemble, en séance : c'est exactement le genre de chose qu'on ne devrait pas traverser seule.

Si tu hésites encore

Entre attendre en France et partir en Espagne, il n'y a pas de bonne réponse pour tout le monde. Le délai, l'argent, l'anonymat, ce que tu veux pouvoir dire à ton enfant : chacun de ces points pèse différemment selon ta vie.

Moi, j'ai choisi l'Espagne, et je ne le regrette pas du tout. Mais j'avais la chance de pouvoir me le permettre financièrement, et je sais que ce n'est pas le cas de tout le monde. Pour la logistique sur place, les billets, l'hôtel, la clinique, je raconte tout dans mon article sur le don de sperme en Espagne.

Ce n'est pas un meilleur ou un moins bon choix. C'est vraiment une question de possibilités personnelles, de valeurs, de budget et de logistique.

Tu penses au don d'ovocytes ?

Que tu hésites encore ou que ton dossier soit déjà parti, on peut en parler. Un appel découverte gratuit de 15 minutes, en visio : tu me racontes où tu en es, je te dis comment je travaille. En séance, on peut aussi préparer ensemble tes questions pour la clinique.

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