Infertilité masculine : ce que personne ne nous a dit
En France, près d'un couple sur six consulte pour des difficultés à concevoir. Dans 30 à 40 % des cas, c'est l'infertilité masculine qui est en cause. Et pourtant, presque personne n'en parle. Voici notre histoire, et surtout ce qu'on n'entend jamais sur le vécu des hommes et des couples qui traversent ça.
On pensait que c'était moi
Quand on a commencé à essayer d'avoir un enfant, on pensait évidemment que si quelque chose clochait, ce serait moi. C'est ce que tout le monde pense, on va pas se mentir. La femme d'abord. Surtout que j'ai le syndrome des ovaires polykystiques, donc le terrain était suspect.
On est allés voir une gynéco. On lui a dit tout ça. Et puis, presque par acquis de conscience, elle a prescrit un spermogramme à mon compagnon, « histoire d'écarter cette piste ». Personne dans le cabinet ne pensait sérieusement que ce serait lui. Personne dans notre entourage non plus.
Pourtant, c'est exactement à ce moment-là, dans cette consultation où on était venus chercher des réponses sur moi, que tout a commencé à basculer. Sans qu'on le sache encore.
Quelques semaines plus tard, le diagnostic est tombé : azoospermie (l'Agence de la biomédecine rappelle qu'elle représente environ 10 % des hommes infertiles). Aucun spermatozoïde. Dans cette consultation où on attendait des nouvelles de mon corps, c'est lui qui a appris qu'il était infertile. Et personne ne nous y avait préparés.
Le silence après le diagnostic
Pourquoi l'homme se replie et la femme veut parler
Ce que personne ne te dit sur l'infertilité masculine, c'est ce qui se passe après le diagnostic. Dans le couple. Dans la tête. Dans le silence des conversations qui n'auront pas lieu.
Mon compagnon et moi, on n'a pas réagi pareil. Lui s'est replié. Moi, j'avais besoin de parler, de comprendre, de chercher des solutions tout de suite. Lui avait besoin de temps, de digérer en silence. L'un veut parler, l'autre se tait. L'un espère, l'autre se protège. Et on ne s'en rend pas toujours compte.
J'ai longtemps eu l'impression qu'il s'en fichait. Que je portais tout. Que je gérais les rendez-vous, les recherches, les questions, les démarches, pendant que lui « subissait ». Avec le recul, j'ai compris : il n'était pas désinvesti. Il vivait son propre deuil. Celui d'un enfant biologique qu'on n'aurait jamais. Et il le vivait à sa façon, avec ses mots à lui (ou son absence de mots).
Ce décalage, beaucoup de couples le traversent. Mais peu en parlent. Parce que sur internet, on trouve plein de témoignages de femmes en parcours PMA. Très peu d'hommes.
Comment l'homme vit ça, la partie qu'on n'entend nulle part
Virilité, honte, deuil : ce que l'homme infertile traverse en silence
L'infertilité masculine touche à quelque chose de très intime : la virilité, l'idée d'« être un homme », la capacité de transmettre quelque chose de soi. Même quand on sait que c'est biologique, qu'on n'y est pour rien, qu'il n'y a aucune « faute », la culpabilité est là. La honte est là.
Et c'est invisible. Parce qu'à un homme infertile, on demande rarement « comment tu vis ça ? ». On lui demande comment elle va, elle, sa compagne. Comme s'il était juste le partenaire silencieux d'un combat qui ne le concernait pas vraiment.
Or, l'infertilité masculine, c'est sa nouvelle. C'est son corps. C'est son deuil aussi.
Mon compagnon a porté pendant des mois l'idée qu'il m'empêchait d'être mère. Que je serais mieux avec quelqu'un d'autre. C'est une pensée que beaucoup d'hommes infertiles ont en silence. Une pensée qui s'installe parce que personne ne vient lui dire le contraire. Parce que personne ne pense à lui demander, à lui, ce qu'il traverse.
Et de l'autre côté, la compagne (moi, dans notre cas) peut elle aussi ressentir des choses qu'elle n'ose pas nommer. Comme se dire que ce parcours, on ne l'aurait pas vécu avec quelqu'un d'autre. Ce n'est pas en vouloir à son partenaire. C'est juste un constat. Et c'est humain. Beaucoup de couples vivent ça en silence, sans oser en parler à personne.
Le tabou social de l'infertilité masculine
Pourquoi l'infertilité masculine reste plus taboue que la féminine
Quand on a appris la nouvelle, on n'en a parlé qu'à très peu de personnes. Et quand on l'a fait, on a vu les réactions changer du tout au tout selon les gens.
Certains ont été incroyables. Pas de jugement, pas de questions intrusives, juste : « Je suis là si vous voulez en parler. »
D'autres n'ont pas su quoi dire. Et c'est normal. Personne n'apprend, dans la vie, à recevoir une annonce d'infertilité masculine. Mais leurs silences gênés, leurs « ah… d'accord » sans suite, leurs changements de sujet maladroits, ça pesait quand même.
Et puis, il y a eu les conseils non sollicités. Les « vous êtes jeunes, vous avez le temps ». Les « au moins, vous savez d'où ça vient ». Les « essayez de ne pas y penser ». Ces phrases, qui voulaient sans doute consoler, tombaient à côté à chaque fois. Parce qu'elles partaient d'une réalité qui n'était pas la nôtre.
Ce qui m'a le plus marqué, c'est de réaliser à quel point l'infertilité masculine reste un tabou. Plus que l'infertilité féminine. Comme si nommer le fait qu'un homme ne peut pas avoir d'enfants biologiquement remettait en cause quelque chose de fondamental. Comme s'il fallait protéger sa fierté en évitant le sujet. Alors qu'au contraire, il aurait fallu en parler. Et reconnaître que ce n'est ni un échec, ni une faute. C'est une réalité médicale, qui concerne énormément de couples.
Ce qu'on aurait voulu entendre
Que dire à un couple confronté à l'infertilité masculine
Si tu lis cet article parce que tu es concerné·e (l'homme infertile, la compagne, ou un·e proche), voilà ce qu'on aurait voulu entendre, nous, à ce moment-là.
Pas « ça va aller » (comment vous savez ?).
Pas « détendez-vous, c'est en n'y pensant pas que ça arrive » (ce n'est pas le stress, c'est l'absence physique de spermatozoïdes).
Pas « essayez d'adopter, c'est encore plus beau » (ce n'est pas le même projet).
Pas « au moins, vous savez d'où ça vient » (et c'est censé nous consoler ?).
Ce qu'on aurait voulu entendre, c'est tellement plus simple :
« Je ne sais pas quoi te dire. Mais je suis là. »
Ou rien du tout. Juste un message, un café, une présence silencieuse. Pas de conseil, pas de relativisation, pas de phrase pour combler le malaise. Juste savoir qu'on n'était pas seuls.
C'est ce que je dirais aujourd'hui à quelqu'un de mon entourage qui m'annonce une infertilité masculine : « Je ne sais pas quoi te dire. Mais je suis là. Et si tu veux en parler, je t'écoute. » Le reste viendra de la personne, à son rythme.
Aujourd'hui
Trouver de l'aide quand on traverse l'infertilité masculine
On a traversé tout ça. On a fait des choix qui nous appartiennent, et qui ne regardent que nous. On a une fille qui va bien. On va bien.
Si je raconte tout ça aujourd'hui, c'est parce qu'au moment où on l'a vécu, je n'ai trouvé personne pour me parler. Pas de témoignage incarné. Pas de doula spécialisée. Pas d'oreille qui sache. Juste des sites médicaux et des forums un peu chaotiques.
Je suis devenue doula pour proposer ce que je n'ai pas trouvé pour moi. Pour les couples qui passent par l'infertilité masculine, pour les femmes qui ne savent pas comment soutenir leur compagnon, pour les hommes que personne ne pense à interroger.
Si tu te reconnais dans cette histoire, entièrement ou en partie, sache que tu n'es pas seul·e. Et que ça vaut le coup d'en parler, même maladroitement, avec quelqu'un qui sait où ça fait mal.
Questions fréquentes sur l'infertilité masculine
Quelle est la fréquence de l'infertilité masculine en France ?
En France, un couple sur six consulte pour des difficultés à concevoir. Dans 30 à 40 % des cas, c'est l'infertilité masculine qui est en cause, seule ou associée à une infertilité féminine. C'est donc loin d'être une exception, contrairement à ce que la culture populaire laisse penser.
Qu'est-ce que l'azoospermie ?
L'azoospermie est l'absence totale de spermatozoïdes dans l'éjaculat. Elle est détectée par un spermogramme et confirmée par un second test à quelques mois d'écart. Selon l'origine (sécrétoire ou obstructive), une biopsie testiculaire peut être proposée pour vérifier s'il existe quand même des spermatozoïdes dans les testicules.
Comment soutenir un homme face à un diagnostic d'infertilité ?
Pas avec des conseils, ni avec des phrases qui veulent consoler. Juste avec une présence : « Je ne sais pas quoi te dire. Mais je suis là. » L'homme infertile traverse son propre deuil, souvent en silence, et il a besoin de temps avant de pouvoir parler. Lui demander, à lui, comment il va (et pas seulement comment va sa compagne) est déjà énorme.
L'infertilité masculine se soigne-t-elle ?
Cela dépend de l'origine. Certaines causes hormonales (hypogonadisme) ou obstructives peuvent être traitées. Dans d'autres cas (azoospermie sécrétoire avérée), il n'y a pas de traitement curatif, mais des solutions existent : FIV-ICSI si on retrouve quelques spermatozoïdes après biopsie testiculaire, don de sperme (IAD), ou autres projets parentaux. Un urologue spécialisé en andrologie est l'interlocuteur de référence.
Pourquoi l'infertilité masculine est-elle un tabou en France ?
Parce qu'elle touche à la notion de virilité, encore très liée à la fertilité dans l'imaginaire collectif. Beaucoup d'hommes ressentent honte et culpabilité, alors même qu'il n'y a aucune « faute ». Le tabou se renforce du fait que l'espace public donne très peu la parole aux hommes infertiles : on demande à la compagne comment elle va, rarement à lui.
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